Archives quotidiennes : 26 octobre 2019

L’EDUCATION BOUDDHISTE ET LE MAINTIEN DE LA PAIX DANS LE MONDE

The 1st International Forum of The Institute of High Study of Buddhism at Paris, on the theme :

EDUCATION & THE SUSTAINING OF THE WORLD PEACE

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Prestation de M. NGUYEN Georges

Membre de l’Association «Académie Bouddhique Linh Son, Vitry»

Thème :

« L’EDUCATION BOUDDHISTE ET

LE MAINTIEN DE LA PAIX DANS LE MONDE« 

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Namo Buddhāya : Hommage au Buddha Sakya Muni,

Namo Dhammāya : Hommage à l’ensemble des enseignements du Buddha,

Namo Saṅghāya : Hommage à toutes les communautés des disciples du Buddha.

Vénérable supérieur Pāsādikā, Recteur de l’Académie,

Vénérable supérieur T. Dhammaratana, Directeur Général,

Vénérables Bhikkhus et Bhikkhunis

Respectables Professeurs, Intellectuels, Chercheurs, Ecrivains de Bouddhisme

Mesdames et Messieurs, chers amis.

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J’ai l’extrême honneur de participer aujourd’hui à ce forum pour vous présenter mon approche sur le thème : Education Bouddhiste Et Maintien de la Paix dans le Monde.

L’Education Bouddhiste peut-elle assurer le maintien de la paix dans le monde ?

Je ne crois pas que le système d’éducation en général et le système d’éducation Bouddhiste en particulier soient en l’état, seuls, capables de fournir les ingrédients nécessaires au maintien de la paix. Je pense qu’il faut instaurer des débats, des tables rondes afin que tous puissent dialoguer, exprimer leur opinion et arriver à un consensus constructif. C’est dans cet esprit que je vous soumets mon analyse et mes propositions.

Définissons tout d’abord ce qu’est l’Education Bouddhiste et voyons ensuite dans quelle mesure elle pourra contribuer au maintien de la paix.

A/EDUCATION BOUDDHISTE

Dans  » Education Bouddhiste « , on a  la méthode et la finalité.

Comment éduquer l’homme afin qu’il ait la sagesse et le comportement d’un bon Bouddhiste ?

L’enseignement de Bouddha repose sur la vertu, et l’essence de la vertu est contenue dans ses préceptes pour vivre sainement pour soi et d’une manière désintéressée  avec  autrui.

Il faut penser à LA FORME et AU FOND de l’éducation. Autant qu’il faille former en vue d’un comportement adéquat dans la société, autant il faut aller au fin fond de l’âme et éduquer le corps et l’esprit.

Cette éducation n’exige pas le sacrifice de soi, ni ne prône l’ascétisme et encore moins l’exploitation d’autrui. En effet depuis toujours le Bouddhisme est interprété tantôt comme une religion avec ses croyances, dogmes, rites propres à chaque pays, tantôt comme une philosophie de passivité et un art de vivre comme le Zen, le Tantrisme au Tibet.

En réalité, le Bouddhisme enseigne des règles de conduite pleines de sagesse permettant à l’homme de vivre et de se débarrasser de tous les maux de la vie et d’acquérir ses connaissances par ses propres efforts. On ne retient trop souvent que la recommandation négative des préceptes de Bouddha alors que la formulation positive, souvent occultée, donnera une image équilibrée de l’éthique Bouddhiste.

La cupidité (lobha), la colère (dosa), et l’ignorance (moha) sont inhérentes à l’homme. Comme toute chose a son contraire, selon le principe de la DUALITE, Il faut encourager le «bon côté» et «apprivoiser» le «mauvais côté». Faire ressortir les qualités, et étouffer les défauts, c’est le but ultime de «l’éducation bouddhiste».

Dans le KALAMA SOUTRA, nous trouvons la charte du «libre examen» et de la «liberté religieuse». Ainsi le dit soutra raconte :

Les Lālāmas, habitants du village Kesaputta sont allés rendre visite à Bouddha. Ils s’adressèrent à Bouddha en ces termes «Ô Vénérable Gotama, il y a des religieux et des Brahmanes qui arrivent à Kesaputta. Ils exposent et exaltent seulement leur propres doctrines, mais ils condamnent et méprisent les doctrines des autres. Puis arrivent ensuite d’autres religieux et Brahmanes à Kesaputta. Eux aussi exposent et exaltent leur propres doctrines,  méprisent et critiquent, brisant les doctrines des autres. Ô Vénérable, nous sommes perplexes avec beaucoup de doute dans notre esprit, qui dit mensonges, qui dit vrai ?»

Le Bouddha s’adressa alors aux Kalamas et dit «Il est juste pour vous, ô Kalamas d’avoir un doute et d’être dans la perplexité. Car le doute est né chez vous à propos d’une matière qui sème le doute »

Puis Le Bouddha ajouta :

«Venez, ô Kalamas, ne vous laissez pas guider par des  textes  rapportés(1),

ni par les traditions religieuses et ancestrales(2),

ni par ce que vous avez entendu dire(3),

ni par le dogmatisme de textes religieux(4),

ni par le raisonnement logique ou par pure allégation(5),

ni par les apparences(6),

ni par des spéculations d’opinions(7),

ni par des vraisemblances non tangibles(8),

ni par la pensée unique d’un religieux qui se dit maitre spirituel»(9).

 « Cependant, ô Kalamas lorsque vous savez vous-mêmes que certaines choses sont défavorables, que telles choses blâmables sont condamnées par les sages, et que lorsqu’ on les met en pratique, ces choses conduisent au mal et au malheur, abandonnez-les. Soyez votre flambeau et votre propre guide « 

Par ces paroles Bouddha a initié, inspiré, et éduqué son auditoire à faire ce «libre examen» afin que chacun ne soit pas aveuglé par l’absence d’objectivitédes prédicateurs, perdant ainsi de vue ses  réflexions propres.

Pendant 45 années, et jusqu’à son dernier souffle, Bouddha se déplaçait inlassablement en personne, de place en place, pour «éduquer les gens par ses actes, et par sa compassion ressentie»  sans distinction aucune. Par ses paroles, son contact et sa façon concrète et juste de traiter les sujets, les esprits de ceux qui écoutent, sont devenus sains et fertiles.

C’est ainsi que Bouddha passait son temps à répandre le bon grain dans les esprits, les rendant fertiles et éclairés. Bouddha ne cherchait pas la moindre notoriété, le moindre profit. Son enseignement reflétait toujours des exemplarités de l’Eveil.

Tous les pays possèdent actuellement un ministère d’éducation nationale. Ainsi que chaque organisation ou religion possède un organe chargé d’orienter, de transformer, de former des éléments appelés à devenir de bons citoyens, membres engagés, fidèles bénévoles, agents pacifistes……afin de servir la société, servir l’humanité, diminuer la souffrance des déshérités. Mais pourquoi le bonheur et la paix restent-ils toujours fragiles, encore moins la qualité durable?

Bouddha ne franchit pas les étapes. A celui qui se présente à lui, il répond à ses besoins immédiats tels décrit le triangle de Maslow avec comme ultime sommet, l’Etat d’Eveil.

Bouddha n’encouragea point ceux qui sont dans la nécessité, à s’assoir jambes croisées pour méditer. A ceux qui doivent survivre à la faim et au froid, il insufflait sa compassion et déconseillait le vol, et la violence qui n’amènerait que le mauvais karma. A cette recommandation négative, il ajoutait son pendant positif qui est la générosité. Il encourageait les riches en général, et les riches bouddhistes en particulier à «partager leurs biens sans espoir de récompense».

«Partager leurs biens sans espoir de récompense» comprend aussi tous les services sociaux vers autrui, nécessitant une exemplarité sans faille du bienfaiteur. L’éducation bouddhiste cultive et transforme un homme en «porteur de vue juste» dans la vie sur terre.

B/  MAINTIEN DE LA PAIX DANS LE MONDE

Le deuxième volet, «le maintien de la paix» par l’Education Bouddhiste requiert évidemment son efficacité sur les résultats concrets dans la vie quotidienne de l’homme, à l’échelle familiale, sociale, nationale et mondiale.

Le Bouddhiste n’oublie pas l’interdépendance des êtres humains, et l’une des actions prioritaires dans l’éducation bouddhiste, est l’éducation de l’esprit. Faute de quoi l’éducation n’apporterait aucune contribution profitable à la vie avec les autres.

Avoir «LA VUE JUSTE», aide à se comporter avec la conscience du karma collectif.

Celui qui a la chance de jouir dans cette vie de richesses est celui qui est conscient que dans ses vies antérieures il avait «accompli de bonnes actions pour en récolter les bénéfices maintenant». Ce qui l’encourage à partager le bonheur avec sincérité et considération. De cette façon, tout en pérennisant ses mérites pour lui-même pour les vies postérieures, il s’intègre bien dans la communauté sociale et ne laisse pas croître l’écart entre riches et pauvres.

Et celui qui est dans la nécessité n’oublie pas non plus que sa situation actuelle  dans le besoin est la conséquence des actes passés qu’il doit accepter, car, par ignorance il avait semé de mauvaises graines dans ses vies antérieures»

C’est grâce à LA VUE JUSTE et en toute conscience du karma collectif que les leaders politiques en particulier, ne peuvent abuser de leur position hiérarchique et de leur pouvoir social pour commettre des actes malhonnêtes, dans n’importe quelle situation aussi avantageuse soit elle. Ils savent très bien que le privilège de leur rôle de dirigeants dans la communauté n’est pas un hasard, mais résulte de ce qu’ils ont produit de positif dans le passé. Ils doivent entretenir et renforcer ces mérites d’une manière rigoureuse et ne pas se reposer sur les lauriers passés, pour que non seulement ils améliorent et embellissent leur propre vie actuelle et future, mais développent aussi une vie commune et heureuse de tout leur peuple.

En tant que bouddhiste, chacun de nous doit considérer le «MOI» comme une parcelle de terrain, et les paroles du Bouddha les outils agricoles pour tourner la «terre-moi» afin d’isoler et d’assainir les mauvaises herbes, en même temps de cultiver les bonnes plantes, utiles pour que le «jardin planétaire» subisse le moins de dégâts possible.

L’état parfait ici-bas n’existe pas. Nous ne le cherchons point ! Il ne faut pas non plus nier «le moi», mais surtout il faut garder «le moi sage, le moi perspicace, et le moi responsable». C’est-à-dire «le moi» bien éduqué dans le Bouddhisme (EVEIL), le «moi» en pleine conscience, sachant que les bonheurs des uns dépendent des bonheurs des autres. Les malheurs des uns ne peuvent être sans influence sur les autres.  La loi d’interdépendance est une vérité universelle.

Car aucun monde ne peut être bâti avec un seul être vivant, mais à partir de deux et plus, vivant ensemble. Tous les mondes sont régis en permanence par le KARMA COLLECTIF, et l’état d’ignorance diffère d’une communauté à l’autre.

A l’école, il faut dès le début expliquer aux enfants que le vêtement qu’ils ont sur eux n’est pas simplement le fait de l’avoir payé. Il faut leur apprendre la reconnaissance des autres, de ceux qui l’ont créé, c’est à dire un grand nombre de personnes dans la société (Karma Collectif). Rappelons leur la chaîne de production qui va du fournisseur de matières premières (exemple la culture du coton), en passant par celui qui transforme les fibres en fil, puis le tisserand, le teinturier avec son esprit créatif pour produire des motifs élégants, puis le tailleur, le repasseur qui s’applique à faire un travail impeccable, l’emballeur qui traite l’empaquetage de chaque article puis le magasinier et l’employé qui traite du colisage, de l’acheminement vers le transporteur pour l’expédition, et enfin le détaillant qui  mettra en valeur l’objet en vitrine.

C’est grâce à ces nombreux travaux souvent très pénibles, que les vêtements peuvent être montrés sur un étalage du supermarché afin que les mamans puissent se les procurer, sans compter la production des billets de banque  indispensables  aux transactions quotidiennes. Ce n’est donc pas le produit d’une seule personne (karma individuel) qui achète, mais de plusieurs maillons  (karma collectif) dans la chaîne ouvrière.

Cette reconnaissance envers les autres fait partie des 4 devoirs de reconnaissance enseignés par Bouddha.

En être conscient, avoir la VUE JUSTE, ce n’est pas encore bien répandu !

Trop nombreux sont ceux qui l’ignorent et qui persistent à croire qu’ils sont seuls à décider, à agir, se sentant libres, indépendants avec leur emploi, leur salaire, leur argent, leur karma individuel !

Ils oublient que chaque acte n’est possible que grâce au concours des autres.

Actuellement les systèmes d’éducation partout dans le monde ont été mis au point pour former de futurs dirigeants, cadres, techniciens. Ils attisent l’émulation, la compétition et exaltent ainsi le désir de réussir, réussir par tous les moyens quitte à écraser les autres.

Que ce soit les Ecoles dont les frais de scolarité sont extrêmement élevés et qui sélectionnent les meilleurs pour en faire des candidats  au pouvoir, à la notoriété.  Quelle société aura-t-on, sinon assoiffée de gratifications, de confort matérialiste, de plaisirs  hédonistes ?

Ou encore les écoles spécialisées qui propagent des idéologies, avec des techniques très subtiles, sophistiquées, mécanisées, informatisées, parfois d’ endoctrinement, menant en fin de compte à l’appât de gains, de succès, de désir d’écraser tous les adversaires.

Même dans la vocation de guide spirituel, certains religieux sont devenus très riches après une certaine ancienneté. Ils ont même tendance à se déifier et se diviniser devant leurs fidèles.

Comment de tels systèmes d’éducation peuvent-ils produire des éléments constructifs  pour  maintenir  la paix, et générer le bonheur ?

L’enseignement du Bouddhisme met l’accent sur la culture de l’âme, du «moi profond» pour transformer un homme en porteur de la vue juste. Rappelons que la VUE JUSTE est le premier élément du SENTIER OCTUPLE, quatrième vérité prononcée par Bouddha dans son premier sermon, Pālī «Atthaṅgika magga». Il faut préciser aussi que ce n’est absolument pas nécessaire d’être «bouddhiste» pour avoir LA VUE JUSTE. Peut aussi l’acquérir, tout esprit raisonnable, équilibré, concentré, indépendant, scientifique, et sans distinction de confession.

Un Bouddhiste bien éduqué est un homme qui pratique la «culture de l’éveil», sans nuire à personne y compris à soi-même. Il suit toujours la voie médiane (majjhima-patipadā). Tout fanatisme n’existe pas dans la tête d’un «FIDELE» du Bouddhisme. Impossible pour un tel bouddhiste de causer les malheurs aux autres, ou menacer la paix commune.

L’Education Bouddhiste ne va pas à l’encontre de quelconque tradition ou culture. Le Bouddhisme qui signifie l’état de Plein Eveil n’est pas prêché par un représentant de Dieu. Il gagne à être mieux expliqué. L’éthique Bouddhique et surtout sa quintessence doivent être enseignées le plus souvent possible, dans ce monde en menace permanente de désordres.

Le Bouddha est déjà exemplaire. Ses «éduqués dans les générations suivantes ne doivent pas manquer d’exemplarité. Si la théorie de Bouddha apporte la compréhension sage, alors la pratique du Bouddhisme amène la connaissance juste. La connaissance juste s’obtient uniquement par de bonnes expériences répétées et validées.

Je préfère l’expression «VUE BOUDDHISTE» (ou Vue d’éveil) à la «VUE JUSTE» par respect pour les autres confessions car LA VUE JUSTE n’est pas réservée uniquement aux Bouddhistes.

C/ Conclusion et Propositions

Tant que l’éducation non bouddhiste ou Bouddhiste ne prend pas en compte la vraie culture du FOND de l’homme, elle ne cultivera que le comportement superficiel, individuel et ne privilégiant alors que La FORME, le Paraître. Son efficacité de créer une vie harmonieuse avec les autres sera certainement nulle. L’esprit d’engagement n’est pas pour autrui, mais uniquement pour soi,  et conduira à un comportement égoïste. Comment peut-on créer et préserver le bonheur et la paix commune avec  une telle étroitesse de cœur? C’est pourquoi il est souhaitable de chercher avec tous les hommes de bonne volonté des solutions adéquates pour atteindre le but fixé.

A la lumière de ce qu’apporte l’Education Bouddhiste, proposons-nous de…

*Changer à la racine tous systèmes d’éducation ambitieux mais erronés sur le fond.

*Changer les mentalités, autrement dit, faire une révolution spirituelle.

*Mieux expliquer l’éthique Bouddhiste.

*Dissiper tous les malentendus.

*Vérifier les diplômes scolaires et récompenser les compétences,

-Parce que les diplômes peuvent être achetés par de l’argent ou par relations, alors que la compétence ne s’achète pas.

-Parce que les diplômes ne peuvent garantir l’accomplissement d’un devoir noble, alors que la compétence peut le faire.

C’est ainsi que sera assurée l’efficacité de l’éducation au niveau espéré et que seront pérennisées les caractéristiques de l’éducation bouddhiste afin de maintenir la Paix Durable dans le Monde

Comme Science sans Conscience n’est que ruine de l’âme, Eduquer ce n’est pas remplir des vases mais c’est semer les ferments pour des êtres vertueux, empathiques, Altruiste, Pacifistes, Eveillés.

(La version Anglaise sera prononcée au début de la séance de discussion en Anglais).

                                         Merci pour votre attention.

    (02 & 03 Septembre 2019)